Les origines du libertinage en France

Au XVIIe siècle, celui qui ose se libérer de l’autorité suprême, l’Église (du latin libertinus,  » affranchi « ).

Jeunes nobles dont les couplets blasphématoires attirent la répression (procès de Théophile de Viau en 1623), érudits qui se gardent de trop afficher au dehors leurs convictions, les libertins réussissent en pleine période d’orthodoxie et de philosophie stoïcienne à maintenir une tradition épicurienne. Grâce à eux, l’athéisme, le déisme cessent peu à peu d’être des déviations passibles de châtiment. Athées (Gabriel Naudé, Jacques des Barreaux),  » chrétiens éclairés  » (Gui Patin, Pierre Gassendi), philosophes sceptiques (François de La Mothe Le Vayer), matérialistes et épicuriens (Cyrano de Bergerac, Charles de Saint-Évremond), les libertins érudits ne forment pas un courant homogène, mais tous passent au crible les textes sacrés, contribuant ainsi, après la Réforme, à l’élaboration d’un esprit critique, ferment actif pour la philosophie des Lumières. L’abbé de Chaulieu, Molière, La Fontaine, Boileau, Pierre Bayle font écho dans leurs œuvres à ces théories combattues par les dévots.

Au XVIIIe siècle, le libertinage est plus étroitement associé à la débauche, assimilation que le roman licencieux va entériner. En effet, après le triomphe de l’esprit de libre examen, les libertins portent plus loin leur désir d’affranchissement. Crébillon fils, Pierre Choderlos de Laclos, le marquis de Sade écrivent des romans licencieux : sous une légèreté apparente, cette forme est subversive en ce que l’érotisme paraît y opérer un renversement des valeurs, l’excès des passions mettant en question la toute-puissance de la raison cartésienne. Les libertins, tant au XVIIe qu’au XVIIIe siècle, ont mené une action souterraine contre toute philosophie dominante, toute oppression intellectuelle, que ce soit celle de la religion ou celle du culte de la raison.

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